« Le mensonge sucré de l’écriture »

Christian LIBENS

Ghislain Cotton, sans doute un des meilleurs prosateurs de notre littérature, reste pourtant un des plus méconnus. Un comble d’injustice pour un écrivain septuagénaire qui a généreusement mené pendant plusieurs décennies une carrière de  journaliste et de critique littéraire. Et quelle carrière : fondateur du Journal des livres, chroniqueur au Pourquoi pas ? puis au Vif/L’Express avant d’offrir, la retraite journalistique venue, sa clairvoyance toujours bienveillante et ses avis jamais éreinteurs de lecteur au long cours aux abonnés du Carnet.

Après sept romans publiés au fil d’un tiers de siècle (on se souviendra particulièrement des Larmes d’Orbac, de Reconquista et du fascinant Passager des Cinq Visages), voici que Ghislain Cotton nous donne son premier recueil de nouvelles grâce à une jeune éditrice qui officie à l’enseigne des « Murmures des soirs » et dont les couvertures sont un hommage persistant à la couleur du vin rouge, ce qui n’est pas pour déplaire à l’auteur. Bien sûr, Cotton n’en est pas à publier ses premières short stories, le « court » l’ayant déjà tenté quelquefois au gré de magazines et de revues.

« Je pressentais aussi qu’un jour je ne résisterais pas au mensonge sucré de l’écriture. »

Bel aveu riche d’autodérision et de malice pour ce diable d’homme qui raffole de clins d’œil et de fausses pistes pour ravir son lecteur. Ainsi, on rencontrera, parmi nombre de personnages inattendus, le mystérieux Cornélius Farouk qui est, selon la réclame de la quatrième de couverture, « une des énigmes les plus singulières de notre littérature ». Une énigme que de brillants et sagaces écrivains belges comme Michel Lambert et François Emmanuel avaient déjà tenté d’éclairer…

Mais quelle est donc la couleur des lupins cultivés avec talent et amour par le jardinier Cotton au long de ses seize nouvelles courtes (soit moins de dix pages par récit) ? Si le rose y est présent, c’est pour mieux souligner le noir d’un humour à la fois subtil et ravageur. Car cet homme pudique et fraternel préfèrera toujours « raconter ses histoires » sur notre humaine condition d’un ton enjoué et moqueur, tendre et complice, jubilatoire enfin.

Décidément, cette Couleur des lupins a tout de l’arc-en-ciel !

Ghislain COTTONLa couleur des lupins, Esneux, Murmure des soirs, 2014, 169 p., 18 €